Rentrée scolaire 2026 : Les enfants de Camopi ne peuvent pas être les victimes des défaillances institutionnelles

Publié le 02 septembre 2026

En ce 1er septembre 2026, les enfants de Camopi et de Trois-Sauts retrouvent le chemin de l’école. Pour beaucoup d’entre eux, cette rentrée signifie une nouvelle fois quitter leur famille et leur territoire pour poursuivre leur scolarité sur le littoral.

Cette réalité impose un accompagnement adapté, durable et sécurisé. Pourtant, une fois encore, les familles de l’intérieur doivent faire face à l’incertitude et aux conséquences de décisions prises loin de leurs réalités.

La Commune de Camopi a appris avec une profonde inquiétude le blocage, depuis le 27 août 2026, de la trésorerie de l’association L’Effet Morpho par une saisie administrative à tiers détenteur engagée à la demande de la Collectivité Territoriale de Guyane, six jours avant l’arrivée sur le littoral de plus de 200 enfants et parents accompagnateurs. L’Effet Morpho assure depuis plusieurs années l’accompagnement socio-éducatif des enfants scolarisés hors de la commune, l’hébergement d’urgence et le maintien du lien avec les familles restées au village.

La Commune ne se prononce pas sur le fond du différend financier opposant l’association à la Collectivité Territoriale de Guyane. Elle constate cependant que cette saisie est intervenue alors qu’une démarche de résolution amiable, engagée par la Collectivité elle-même depuis le mois de mars, était toujours en cours : l’association avait transmis l’ensemble des pièces demandées, puis une proposition d’échéancier chiffrée le 21 juillet dernier, restée sans réponse. La Commune s’interroge sur les raisons pour lesquelles cette négociation, ouverte à l’initiative de la Collectivité, a été laissée sans suite pendant plusieurs mois avant de déboucher sur une mesure aussi brutale, et sans mise en demeure préalable.

La Commune rappelle qu’elle a elle-même dû accorder, l’année dernière, une aide de 70 000 € à L’Effet Morpho pour faire face à des difficultés de même nature, une charge qu’elle ne peut assumer indéfiniment en lieu et place d’une collectivité qui détient, de par la loi, la compétence de l’accueil, du transport et de l’hébergement des enfants de l’intérieur scolarisés sur le littoral.

La Commune ne peut accepter les conséquences d’une décision administrative qui prive brutalement de ses moyens de fonctionnement une structure assurant des missions essentielles auprès des enfants de notre territoire. Cette situation intervient au moment même où des familles ont déjà quitté leurs villages pour accompagner leurs enfants vers leur lieu de scolarisation.

Pour des familles déjà confrontées à l’éloignement, au coût de la vie et à une précarité structurelle, chaque défaillance institutionnelle se traduit concrètement par une charge supplémentaire.

La Commune de Camopi refuse que le droit à l’éducation de nos enfants dépende chaque année de solutions d’urgence, de la capacité financière des familles ou de la survie économique d’associations.

La Guyane ne peut continuer à fonctionner avec deux réalités : celle du littoral et celle que vivent quotidiennement les populations de l’intérieur.

Nous demandons à la Collectivité Territoriale de Guyane :

la mainlevée immédiate de la saisie, avant l’échéance du 26 septembre 2026, au-delà de laquelle les fonds seraient définitivement perdus pour l’association ;

de prendre sans délai toutes les dispositions nécessaires pour garantir la continuité des missions indispensables auprès des enfants et des familles de Camopi et de Trois-Sauts.

Il ne s’agit plus simplement de gérer une rentrée scolaire année après année.

Il s’agit de reconnaître que l’accès à l’école ne peut dépendre du lieu où un enfant est né.

Il s’agit, enfin, de faire en sorte que les décisions publiques soient à la hauteur des réalités vécues par les populations qu’elles ont vocation à servir.

Laurent YAWALOU

Maire de Camopi